6. Le luth et les formes musicales
Cet aspect psychologique détermine profondément le caractère de la musique. La solitude du luthiste l'engage à la méditation et à l'invention.
Ses recherches déterminent trois formes essentielles qui dominent toute la littérature du luth. La plus proche de l'esprit solitaire des luthistes est la forme libre que caractérisent le ricercare, la fantaisie et le prélude.
C'est dans ces pièces, très voisines de l'improvisation, que s'exerce le côté proprement méditatif du luthiste. Ricercare et fantaisie se signalent le plus souvent par leur qualité contrapuntique. Le compositeur s'essaie dans des formules harmoniques souvent inédites. Le prélude joint à une mélodie souvent proche de la rêverie un rythme très lâche, capable de se modeler à l'humeur et au sens de l'interprète. On a souvent dit du prélude que les luthistes l'inventèrent pour vérifier l'accord de l'instrument avant d'entamer un concert. C'est, en fait, bien plus à une mise en condition du luthiste et des auditeurs que s'adresse le prélude, plutôt qu'à la justesse de l'accord, l'oreille de la Renaissance, du fait du tempérament inégal, n'étant pas dressée comme la nôtre à l'exactitude des sons. Le luthiste, au contraire, aimait à préluder sur un thème en toute liberté, en exerçant traits de virtuosité et rapidité, afin de se dégourdir et de se mettre en train.
À l'opposé des pièces libres et de caractère didactique, les luthistes cultivèrent aussi les formes imposées, parmi lesquelles figurent en premier lieu les danses. Issues tout d'abord du répertoire chorégraphique du Moyen Âge, ces danses se renouvelèrent rapidement sous l'impulsion des luthistes, à la fois dans leur rythme et dans leur structure. Si les anciennes basses-danses, tout empreintes de la bonhomie médiévale, se retrouvent dans les premières tablatures françaises de Pierre Attaingnant (1529), c'est sous une forme entièrement nouvelle. Elles sont réunies par groupe de trois suivant une même mélodie et une tonalité unique. À une « basse-danse » fait sui […]
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