Acteur et metteur en scène français, réputé pour avoir matérialisé sur la scène l'esthétique symboliste, Lugné-Poe a produit en réalité une œuvre théâtrale d'une grande diversité. Inlassable découvreur d'auteurs et de textes (Maeterlinck, Hauptmann, Ibsen, Strindberg, Verhaeren, Wilde, D'Annunzio, Synge, Jarry, Claudel, Crommelynck, Salacrou...), il a fait connaître un vaste répertoire étranger tout en encourageant les jeunes auteurs français. Lugné-Poe pensait la scène comme le lieu de toutes les expérimentations. C'est ainsi qu'après être passé par le naturalisme d'Antoine, il développa le jeu et la mise en scène symbolistes, explora l'hyperthéâtralité du théâtre d'Alfred Jarry, avant de se tourner vers un réalisme tempéré proche de celui de Jean Jullien. Ses mises en scène de Jean-Gabriel Borkman (1897) et de Rosmersholm (1898) d'Ibsen, ainsi que celles du théâtre de Claudel, furent les plus caractéristiques de cette dernière tendance. Personnalité caustique, provocatrice et paradoxale, Lugné-Poe pouvait railler ce qu'il aimait le plus, et montrait à la scène un réel talent d'acteur comique. Certaines de ses mises en scène souffraient d'un inachèvement qui leur donnait parfois l'apparence de l'improvisation. Sans avoir la dimension théorique et révolutionnaire de celle de Craig ou d'Appia, son œuvre reste l'une des plus inventives et productives de son époque. Elle trouve des prolongements esthétiques chez Copeau et les metteurs en scène du Cartel, ainsi que, plus près de nous, dans les mises en scène de Claude Régy ou de Robert Wilson.
Né à Paris en 1869, Lugné-Poe fonde le Cercle des Escholiers en 1887, alors qu'il est encore élève au lycée Condorcet. Peu de temps après, il entre au Conservatoire et au Théâtre libre d'Antoine, qu'il quittera en mars 1890 pour rejoindre le Théâtre d'art de Paul Fort et les peintres nabis. Après le coup d'éclat de Pelléas et Mélisande de Maeterlinck, en mai 1893, il transforme, avec l'aide de Camille Mauclair et d'Édouard Vuillard, le Théâtre d'art balbutiant e […]
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