3. Étude des sources et intertextualité
Roland Barthes a fait querelle à ce qu'il a appelé « la critique érudite » ou, pour simplifier, « universitaire », de « rester encore pour l'essentiel fidèle à l'idée (organique, et non structurale) de genèse », de croire à l'existence d'un rapport « causal » et de considérer l'œuvre comme « un produit ». Ainsi se trouve posé le problème des sources, ou des influences.
Il est essentiel en littérature comparée, mais on parle plus volontiers, aujourd'hui, d'intertextualité. « Influence », qui devrait suggérer un état de liquidité, un magnétisme subtil, désigne trop souvent pour nous le mécanisme par lequel une œuvre en génère une autre. Il y aurait beaucoup à dire sur ce prétendu déterminisme dont la critique scientiste a fait, il est vrai, un usage parfois intempérant. Il semble nécessaire de distinguer des cas différents avant de se prononcer sur cette question.
• Des influences avouées
Jean-Sébastien Bach n'hésitait pas à publier sous son nom des transcriptions de concertos de Vivaldi. De même, l'œuvre littéraire n'était pas autrefois considérée comme une chasse gardée (d'où les problèmes d'attribution parfois si difficiles pour les pièces du théâtre élisabéthain ou du théâtre espagnol du Siècle d'or). L'influence a donc pu aller parfois jusqu'au plagiat. Lesage en a été maintes fois accusé, plutôt injustement s'il s'agit de son roman Gil Blas de Santillane (1715-1735). Il n'est pas d'exemple plus significatif à cet égard que la littérature de la Renaissance. Pour un Montaigne qui cite ses sources dans le génial centon de citations que sont les Essais, combien d'autres qui ne les citent pas ! Il en est ainsi de Joachim du Bellay quand il s'inspire du Canzoniere de Pétrarque dans son recueil L'Olive.
Ce qui est vrai d'une littérature jeune (comme la littérature de la Pléiade) l'est aussi d'un poète jeune. Mais il convient de n'être pas dupe des apparences. On pourrait penser qu'un commentaire de l'« Ophélie » de Rimbaud par Hamlet s'impose. Le collégien de Charleville, qui n'avait pas appris l'anglais en classe, mais l'allemand, pouva […]
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