Comprendre les enjeux de l'écriture du Prince implique d'avoir à l'esprit les incessantes guerres d'Italie et leur effet sur Florence, la cité de Machiavel (1469-1527). Tout a été bouleversé par l'arrivée des troupes françaises en Italie en 1494. À Florence, l'état de guerre a conduit au départ des Médicis, en novembre 1494, et à la mise en place d'une forme politique nouvelle, la République du grand conseil. Mais les nouvelles guerres, plus rapides et plus violentes, posent une question décisive : celle de la survie de la cité.
1. Comprendre le langage de la guerre
On connaît la formule de Machiavel : « suivre la vérité effective de la chose ». Il s'agit d'appliquer cette forme d'analyse à une situation concrète. Et cette compréhension se fait dans l'urgence : on n'a plus le temps d'attendre, d'espérer jouir de ce « bénéfice du temps » qui était au centre de la traditionnelle sagesse stoïco-chrétienne des marchands florentins.
Le langage de la guerre transforme les deux vieux langages dominants du droit et de la vertu classique. Désormais, l'homme vertueux ne peut plus être simplement un individu singulier à qui ses qualités personnelles, sa formation et la juste conception de ses devoirs de citoyen ou de bon chrétien assurent un rôle privilégié dans l'État et dans l'Histoire. La mesure de la vertu, c'est désormais la capacité à répondre aux défis des « temps contraires », à ne pas se soumettre passivement à la fortune.
2. La vertu et la république
Si Machiavel donne un statut essentiel au concept de vertu dans le dispositif théorique du Prince, l'exemple romain, au-delà de ses références humanistes, n'est jamais un modèle figé – fait d'austérité et de simplicité – qui échapperait aux aléas des temps. La vertu machiavélienne choisit de se déployer au croisement d'une proposition de réforme de la république, dans laquelle les nouveaux « ordres bons » sont porteurs de vertu civile et militaire chez tout citoyen, et d'une compréhension de l'occasion qui appelle l'acte de rupture singulie […]
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