Tous les records de la formule 1 que l'Argentin Juan Manuel Fangio a établis dans les années 1950 ont certes été battus. L'Écossais Jim Clark l'a dépassé en 1968 en ce qui concerne le nombre de victoires (25 contre 24), mais il a fallu attendre 2003 pour que l'Allemand Michael Schumacher obtienne un titre mondial de plus que lui. Fangio fut-il pour autant surpassé ?
Juan Manuel Fangio doit en effet son renom à son talent de pilote de course autant qu'à son comportement personnel : il a suscité l'admiration du public, ce qui est banal, mais aussi le respect d'adversaires redoutables – parmi lesquels Giuseppe Farina, Luigi Faglioli, Alberto Ascari, Peter Collins, Stirling Moss, Mike Hawthorn –, ce qui l'est moins.
En outre, à une époque où les monoplaces étaient peu sûres et manquaient de fiabilité, Fangio sut déjouer les pièges des pistes – trente de ses concurrents se sont tués – et ménager ses montures. « Fangio est un pilote qui sait demander beaucoup à son moteur, mais pas trop », déclarait Enzo Ferrari, l'un de ses patrons, qui pourtant ne l'aimait guère.
De 1950 à 1957, Fangio a disputé huit Championnats du monde de formule 1 et en a remporté cinq, terminant deux fois deuxième ; il a enlevé vingt-quatre des cinquante et un grand prix auxquels il a participé dans ce cadre. Il a marqué le sport automobile d'une profonde empreinte. Des décennies plus tard, son nom reste un symbole.
1. Les premiers succès
Juan Manuel Fangio naît le 24 juin 1911 à Balcarce, à 200 kilomètres au sud de Buenos Aires, en Argentine. Il est le quatrième des six enfants d'une modeste famille d'immigrés italiens originaires des Abruzzes – son père exerça le métier de maçon jusqu'à l'âge de soixante et onze ans. Adolescent, il est apprenti forgeron puis mécanicien, se lève à quatre heures, et consacre ses matinées au collège, ses après-midi à l'atelier. Engagé par le concessionnaire de la marque Studebaker, il est chargé de prendre livraison des automobiles à Buenos Aires pour les convoyer à Balcarce. C'e […]
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