Un peintre américain, on le savait depuis Pollock, n'est pas forcément un homme sûr de sa supériorité, nationaliste et anti-Européen : Jim Dine (comme un James Rosenquist) est là pour le prouver. Né en 1935 dans l'Ohio, petit-fils de charpentier, arrivé à New York en 1958 et ayant participé activement, par ses happenings (The Smiling Workman de 1959 et Car Crash de 1960) et par ses premiers tableaux-collages à l'irruption du néo-dadaïsme sur la scène culturelle américaine, Jim Dine est devenu un peintre indépendant ; il partage son temps entre son atelier de Londres et son atelier du Vermont pour poursuivre une œuvre violemment sincère, subjective, qui dépasse les catégories nationales et esthétiques du pop art. En revanche, Jim Dine revendique très fortement son affinité avec Edward Munch et avec l'expressionnisme. Conscient de la gratuité d'un art purement formel, auquel un grand nombre de ses compatriotes restent attachés, Jim Dine a en effet axé toute son œuvre sur cinq grands thèmes : les outils, les cœurs, les vêtements, les arbres et les portes. Nombre de ses tableaux sont comme des stèles dressées aux scies, aux marteaux, aux pinces, dont les formes découpées se projettent parfois sur la couleur du fond. Mais leur présence matérielle, leurs couleurs industrielles sont là pour rappeler l'existence du travail et des travailleurs. L'art n'est pour Dine qu'un des couloirs qui fait communiquer la vie du peintre avec la vie de tous. Ses cœurs, où il place parfois un outil en plein centre, sont comme de grands ex-voto, conçus pour ne pas laisser dégrader la passion, les sentiments par des préoccupations intellectuelles ou mercantiles. Les vêtements — robes de chambre ou sorties de bain —, dont une photographie parue dans The New York Times Magazine en 1963 lui a donné l'idée de faire le symbole de la présence humaine, s'introduisent comme des fantômes dans ce théâtre pictural. La porte en fer forgé du graveur français Aldo Crommelynck, chez lequel Jim Dine aime revenir à […]
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