L'œuvre de Jean Scot dit l'Érigène représente sans doute l'ensemble littéraire, philosophique, exégétique et théologique le plus considérable et le plus élaboré de la pensée occidentale latine entre le vie et le xiie siècle. On y retrouve l'empreinte profonde des auteurs de l'Antiquité profane et surtout celle des Pères de l'Église qui ont le mieux assimilé les thèmes néo-platoniciens, sans que l'essor de la pensée personnelle d'Érigène en ait été aucunement entravé. Si l'ampleur et la vigueur de cette pensée l'imposèrent à l'admiration des contemporains et des générations qui suivirent, en revanche la hardiesse et la « nouveauté » de plusieurs de ses thèses lui valurent plusieurs condamnations des conciles et des papes, soit du vivant de Jean Scot (thèses sur la prédestination), soit plusieurs siècles après sa mort (thèses réputées « panthéistes », reprises par Amaury de Bène et ses disciples au début du xiiie s.).
1. Un Irlandais sur le continent
Né en Irlande (Hibernia, Scottia, Eriu ; d'où le pléonasme : Scot Érigène) dans le premier quart du ixe siècle, placé avant 847 à la tête de l'école du palais de Charles le Chauve, Jean Scot parfait sur le continent sa formation littéraire, philosophique et théologique. Il y apparaît vite comme une autorité de premier plan. Contre Godescalc d'Orbais et sa doctrine de la double prédestination, il compose le De divina praedestinatione liber (851) ; il écrit les Annotationes in Martianum Capellam (859-860), traduit les œuvres du pseudo-Denys (860-862), les Ambigua de Maxime le Confesseur et le De hominis opificio de Grégoire de Nysse (862-864), les Quaestiones ad Thalassium de Maxime (864-866) et peut-être l'Ancoratus d'Épiphane (traduction non retrouvée). L'œuvre majeure De divisione naturae (Periphyseon) est composée entre 864 et 866. Suivent les Expositiones in ierarchiam (sic) caelestem sancti Dionysii (865-870). L'Homilia sur le Prologue de Jean et le Commentarius (interrompu) sur ce même Évangile sont les derniers écrits de Jean Scot, qui est mort à une dat […]
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