2. Divisions et fonctions de l'« universitas » érigénienne
La synthèse doctrinale de Jean Scot se présente en quatre temps ou fonctions, qui correspondent respectivement à une « division » de la totalité des objets de l'intelligence (universitas ) : la nature qui crée et n'est pas créée, à savoir Dieu en tant que principe de « tout ce qui est et de tout ce qui n'est pas » ; la nature qui est créée et qui crée, c'est-à-dire les causes primordiales ou archétypes, coéternels à Dieu parce que créés de toute éternité, mais non pas coessentiels à Dieu parce que inférieurs à Dieu en tant que créés par lui ; la nature qui est créée et ne crée pas, ou l'ensemble des créatures, invisibles ou visibles (purement intelligibles, ou soumises au régime des sens, ou matérielles), dont les rangs hiérarchiques (ou l'« éloignement » inégal de leur cause) constituent autant de manifestations différentes de Dieu (théophanies) ; la nature qui ni ne crée ni n'est créée, c'est-à-dire Dieu en tant que terme inaccessible de la divinisation (deificatio ou theôsis), qui s'effectue, pour toute la création, par la double voie de l'intelligence (gnostica vis) et de l'amour (amor ou éphésis, érôs, agapê de Denys). De manière plus simple, l'univers de Jean Scot est aussi présenté selon le schème de la procession (proodos, exitus) et de la conversion (epistrophê, reditus). Dans ce mouvement double et simultané, commun à toute pensée de type platonicien, s'effectuent la constitution et le salut des « natures » érigéniennes.
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