Penseur qui avait au plus haut point le sens du politique, esprit profondément critique, sensible à l'événement sous toutes ses formes, à la fois engagé et averti des ornières de l'engagement, Jean-François Lyotard incarne une des grandes figures de la philosophie française de la seconde moitié du xxe siècle, dans ce mouvement de pensée qui fit suite à la phénoménologie, se défia des emblèmes de la philosophie et de toute allégation quant à une possible résolution de l'Histoire. Son œuvre considérable ne se laisse pas prendre aux filets du système : « Ce qui menace le travail de penser (ou d'écrire) n'est pas qu'il reste épisodique, c'est qu'il feigne d'être complet », écrivait-il.
Après avoir fréquenté la Sorbonne de l'immédiat après-guerre, Jean-François Lyotard part enseigner la philosophie en 1952 au lycée de Constantine, où il fait l'expérience du colonialisme ainsi que du caractère d'emblée contradictoire de la guerre de libération algérienne, de sa totale légitimité et de ses impasses. Il rencontre l'historien Pierre Souyri et entre à Socialisme ou barbarie où, avec Claude Lefort et Cornelius Castoriadis, il participe à la critique du totalitarisme.
Après s’être inscrit dans le sillage de la phénoménologie de Merleau-Ponty, il s'en éloigne et écrit Discours, figure (1971), qui marque un écart irréductible entre le dire et le voir. Vient Mai-68 et l'époque de confluence à l'université de Vincennes avec le mouvement philosophique contemporain conduisant à la remise en cause du Sujet, dans le partage avec Deleuze, Foucault, Lacan, à l’interrogation sur les institutions et à l'invention de formes nouvelles d'inscription de ce qui leur échappe. Dérive à partir de Marx et Freud (1972) et Économie libidinale (1974) témoignent du détachement à l'égard du théoricisme et d'une pensée de l'énergétique du désir.
Avec les années 1980, marquées par l’apparition de nouvelles philosophies du langage, Lyotard, à partir d’une relecture du Kant de la Critique du jugement, invente un nouveau criti […]
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