Depuis son installation en France, à la fin de 1945, Cornelius Castoriadis, né en 1922 à Constantinople, de parents grecs, n'aura eu de cesse de déployer une intense activité d'analyste critique des faits humains et d'intellectuel engagé dans les luttes contre toutes les barbaries que connut la seconde moitié du xxe siècle. Redoutable polémiste, insensible aux compromis, il a su mener de front recherches théoriques inventives et interventions pratiques perspicaces. Son nom reste attaché à l'aventure du groupe et de la revue Socialisme ou barbarie qu'il avait fondée et dirigée, avec Claude Lefort, de 1948 à 1965. L'ensemble de ses contributions devait reparaître par la suite, accompagné d'inédits en huit volumes, de 1973 à 1979.
La passion pour la philosophie, qu'il dit avoir contractée dès son adolescence, ne s'épanouit vraiment qu'au milieu des années 1960, lorsqu'il entreprend une lecture critique de la philosophie marxiste de l'histoire, dont les résultats, amplifiés, nourriront en 1975 son maître livre L'Institution imaginaire de la société. En 1978 paraît sous le titre Les Carrefours du labyrinthe un premier volume rassemblant études – dont de nombreuses inédites –, entretiens, essais, textes d'interventions à de multiples colloques auxquels il participa. Ce recueil est suivi de quatre autres : Domaines de l'homme (1986), Le Monde morcelé (1990), La Montée de l'insignifiance (1996), Fait et à faire (1997). À partir de 1980, après avoir pris sa retraite de l'O.C.D.E., où il travaillait depuis 1948 en tant qu'expert en économie, Castoriadis devient directeur de recherches à l'École des hautes études en sciences sociales et peut consacrer plus de temps à ses activités de psychanalyste (commencées en 1973). En 1977, toujours avec Claude Lefort, Pierre Clastres, Marcel Gauchet et Miguel Abensour, il fonde une nouvelle revue, Libre, qui ne connaîtra que six numéros.
Tant par sa formation, économique et philosophique, son sens indomptable de la liberté que par les circo […]
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