3. Une maturité inquiète
Le visage des productions de Cocteau, vers cette époque, se ride d'un profond pli d'amertume. Dans Le Livre blanc, dans l'Essai de critique indirecte, dans Opium. Journal d'une désintoxication, ainsi que dans La Machine infernale, apparaissent la douleur et l'angoisse, d'autant plus sensibles qu'elles font tache d'ombre dans une lumière apollinienne. C'est alors que Cocteau, comme s'il ne disposait pas encore d'assez d'espace où imprimer ses rêves, aborde le cinéma. Et, ici encore, en même temps qu'il découvre un langage neuf, il le renouvelle. Le Sang d'un poète est le film le plus libre qui ait jamais été vu. Cocteau y emploie l'art cinématographique « comme un dessinateur qui tremperait son doigt pour la première fois dans l'encre de Chine et tacherait une feuille avec ». L'essai restera sans lendemain jusqu'à La Belle et la Bête, tourné en 1945. Mais il s'agit sans doute de l'avancée extrême et de la synthèse d'une poussée poétique qui investissait jusque-là romans, dessins et théâtre.
Sombre passe, pour Cocteau, que ces années trente. La solitude et l'équilibre sans cesse menacés le condamnent à une recherche intérieure plus fiévreuse que jamais. La Machine infernale, qui reprend le mythe d'Œdipe, conduit au triomphe cette approche personnelle du tragique. Paris n'a plus l'entrain des années folles, en ce difficile avant-guerre. Les salons ne brillent plus autant, et on est las du scandale ; l'évasion, Cocteau la cherche ailleurs : dans la drogue, dans les voyages. Qui est-il alors ? Un homme de cinquante ans qui rencontre, pour l'avoir trop peu connu adolescent, peut-être, ce mal existentiel que Fontenelle nomme « difficulté d'être ». Au bord de la vieillesse, et plus mobile que jamais, il tente encore toutes les magies, de l'art et du monde.
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