2. La passion du spectacle
À travers l'écriture, à travers le dessin, à travers la musique, ce qui porte Cocteau, c'est une attirance irrépressible pour le spectacle. Sa prose est images ; ses images fondent un langage et sa langue est musicale. Tout l'amenait naturellement au théâtre, et plus tard, au cinéma.
Après la mort de Radiguet, en 1923, s'ouvre, avec Roméo et Juliette, la longue série des œuvres théâtrales. Œdipe roi, Antigone adaptés de Sophocle, et Orphée se succèdent. Autant qu'au goût du théâtre, ils correspondent tous trois à une tentation du sacré. La perte cruelle qu'il vient de subir, l'amitié de Jacques Maritain, l'influence d'un membre de l'Ordre du père de Foucauld, enfin, aboutirent à un retour au catholicisme. À cette étape intérieure correspond la Lettre à Jacques Maritain, qui aura tant d'échos dans les milieux artistiques du moment.
Le mythe grec passe par le sacré parce qu'il fait appel aux puissances ténébreuses, aux ressorts du tragique : à la Destinée. L'idée, portée sur scène, nous semble familière : n'oublions pas que c'est en grande partie à l'auteur d'Orphée que nous devons cette familiarité.
L'œuvre de Cocteau est une avancée menée continûment sur plusieurs fronts. Si le théâtre s'enrichit par lui, la poésie reçoit aussi son intarissable tribut. En 1927, paraît Opéra, un des sommets d'inspiration de Cocteau. La « poésie de roman », quant à elle, n'est pas oubliée. En 1929, la critique accueille avec enthousiasme Les Enfants terribles, composés en trois semaines sous la dictée d'une force impérieuse. Ici éclate le génie romanesque : construction, émotion, finesse des thèmes, limpidité du style, grandeur tragique, tout contribue au renouvellement du genre romanesque par ce récit qui pourrait n'être que souvenirs d'enfance. Il faut savoir que l'abord des grands chefs-d'œuvre de Cocteau est souvent modeste. Bien des méprises sont à mettre au compte de cette apparente légèreté, située à cent lieues des discours pontifiants.
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