Un extraordinaire talent d'illustrateur et de décorateur, une personnalité hors du commun, fantasque et nostalgique, ont assuré la notoriété de Christian Bérard. Ses amitiés avec les personnalités du théâtre, du ballet, de la mode et de la littérature, ses travaux d'illustrateur, sa vie mondaine et affective très animée ne l'ont pas empêché d'effectuer, parallèlement, une carrière de peintre pour des compositions et des portraits insolites, parfois pathétiques, qui situent son œuvre aux confins du surréalisme.
Fils d'un architecte, Bérard débute sa carrière artistique à l'académie Ranson (1920) : Édouard Vuillard et Maurice Denis sont ses maîtres. Un voyage effectué en Italie deux ans plus tard est déterminant pour l'esthétique de l'artiste : il admire la sobre clarté des fresques de Giotto, de Piero della Francesca et la sérénité énigmatique des personnages qu'ils représentent. Un passage à l'académie Julian (1924), puis quelques expositions, révèlent un peintre idéaliste, romantique et tourmenté. Il appartient au groupe d'artistes « néo-humanistes » qui peignent des scènes singulières, des portraits pensifs, des visions oniriques avec un certain accent surréaliste : Pavel Tchelitchev, et les frères Berman.
Lié d'amitié avec Jean Cocteau, Bérard aborde grâce à lui la création théâtrale : son premier décor est destiné à la mise en scène de La Voix humaine de Cocteau à la Comédie-Française (1930). Très introduit dans le groupe des Ballets russes, grâce à Boris Kochno, secrétaire de Diaghilev, il se familiarise avec le climat insouciant et inventif d'une certaine bohème élitiste — avec ses partis pris, ses exclusions —, où règnent tour à tour l'enthousiasme et le découragement. Un séjour déterminant à Venise, en 1930, confirme la fascination de l'artiste pour les lieux chargés de nostalgie et menacés par le délabrement ; à partir de cette formation spécifique, Bérard devient décorateur de théâtre, dans un contexte baroque où l'émotion, l'épanchement romantique se traduisent par des oppositions insolites d'éléments a […]
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