« La Révolution qui s'effectue est une belle chose ; mais je voudrais qu'elle fût arrivée il y a vingt ans. Il est fâcheux de se trouver dessous, quand on démolit une maison, et voilà notre position », écrivait Chaptal en octobre 1789. De la maison démolie, il saura pourtant tirer les matériaux d'un bel édifice personnel : exemple typique de ces bourgeois, plus nombreux qu'on ne le croit, qui ne seront jamais révolutionnaires et qui sauront utiliser la Révolution pour une fructueuse carrière.
Né dans le Gévaudan, fils d'un grand propriétaire terrien, Chaptal fait ses études de médecine à Montpellier avant de monter à Paris pour étudier la chimie, puis de revenir en 1780 à Montpellier occuper la chaire de chimie nouvellement créée. Ce sont les applications industrielles de la science qui l'intéressent ; un riche mariage et un gros héritage l'ayant mis en possession d'une fort jolie fortune, il achète des terrains, établit des ateliers, expérimente ses découvertes : amélioration de la production de l'acide chlorhydrique ; « chaptalisation » des vins ; exploitation de l'alun et des pouzzolanes. « Je crois être le premier, dit-il, qui ait appliqué en France les connaissances chimiques aux arts. Jamais la science n'a rendu de plus grands services au commerce et à l'industrie que la chimie de ces derniers temps. »
En 1793, gros capitaliste et savant renommé, Chaptal se place parmi les réactionnaires ; il préside à Montpellier le Comité central de la rébellion fédéraliste. Emprisonné à la suite de l'échec du mouvement, il est libéré sur l'intervention de chimistes plus révolutionnaires comme Fourcroy et Berthollet ; pour se dédouaner, il accepte de diriger la production des poudres et salpêtres. Deux ans plus tard, en 1795, il reprend sa liberté et retrouve ses affaires en piteux état à Montpellier ; il les rétablit vite et même les développe encore ; il achète un vaste terrain à Paris, y fonde une grande fabrique, y gagne beaucoup plus encore qu'à Montpellier ; le coup d'État du 1 […]
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