Depuis 1987, année où parurent en France ses premiers romans, l'écrivain américain James Ellroy a séduit un lectorat français beaucoup plus vaste que celui des amateurs de romans noirs. Après plusieurs ouvrages qu'il considère comme des œuvres de jeunesse, l'écrivain publie en 1987 Le Dahlia noir, premier volet de la tétralogie qu'il consacre à sa ville natale, le Los Angeles des années 1950. Suivent Le Grand Nulle Part (1988), L.A. Confidential (1990) et White Jazz (1992) qui conclue cette radiographie du mal où la perversion des personnages a pour fonction primordiale de renvoyer au lecteur l'image d'une société américaine corrompue. « L'Amérique n'a jamais été innocente » proclame volontiers James Ellroy en enchaînant sur un nouveau projet qui donne naissance aux romans American Tabloid (1995) et American Death Trip (2001). Il s'agit là des deux premiers volets de la trilogie « Underworld USA » qui raconte l'Amérique du crime durant la seconde moitié du xxe siècle. Car Ellroy n'improvise jamais son travail littéraire. Son œuvre est une succession de projets mûrement pensés qui le font progresser tant dans la nature des histoires mises en scène que dans son écriture épurée, forgée au fil de quinze romans.
On cite pour la première fois en France le nom de James Ellroy en 1987, lorsque paraît Lune sanglante, dans la collection Rivages/Noir. Son directeur, François Guérif, a eu un coup de cœur pour le livre, refusé par plusieurs éditeurs. Dès sa parution, Jean-Patrick Manchette ne s'y trompe pas, qui écrit : « Lune sanglante est passé pour l'instant complètement inaperçu. Il faut donc signaler aux amateurs, pour leur plaisir, qu'il s'agit d'un des plus remarquables romans noirs de la décennie, par sa préoccupation intellectuelle élevée, son écriture savante, son épouvantable puissance d'arrêt. » (Libération, 7 juillet 1987).
Manchette poursuit en soulignant la violence du récit, qui frise l'insupportable, mais indique « que l'invention stylistique brise chaque fois not […]
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