2. Une histoire de l'Amérique
Avec American Tabloid (1995) débute un cycle encore plus ambitieux que le précédent. Los Angeles, ville du Mal, est abandonnée au profit d'un gigantesque projet : raconter l'histoire de l'Amérique du crime de 1958 à 1972, années durant lesquelles corruption, chantages, manipulations et assassinats politiques furent la règle d'or du système. Quatre personnages, Pete Bondurant (ex-marine), Kemper Boyd et Ward J. Littell (F.B.I.), John Stanton (C.I.A.), sont au centre d'un récit épique et foisonnant, raconté à quatre voix. Ce premier épisode relate entre autres l'invasion manquée de Cuba, dite opération de la baie des Cochons (financée par la mafia), l'élection du président John Kennedy (soutenu par la mafia). Le récit s'achève le 22 novembre 1963, alors qu'un contrat vient d'être lancé contre le président des États-Unis. Tout naturellement, c'est par l'assassinat de celui-ci, perpétré à Dallas, ce même jour, que s'ouvre American Death Trip (2001), un livre de 859 pages, et le second épisode de la trilogie, publié à l'époque en première mondiale en France. Cet assassinat, Ellroy le reconstitue en s'appuyant sur sa thèse personnelle selon laquelle il y avait deux tireurs, et en entremêlant des faits historiques réels avec sa propre fiction, et sa propre vision de la société américaine. Pour la première fois apparaissent trois femmes jouant un rôle important puisqu'elles conduisent les personnages centraux masculins sur le chemin du remords et de la rédemption et apportent une parcelle d'humanité à cette superbe épopée. Dans ces deux romans, l'écriture, d'un behaviorisme exacerbé, aboutit à une forme totalement maîtrisée : phrases courtes, souvent sans verbe, descriptions réduites au minimum, nombreux dialogues, extraits d'articles de presse, d'écoutes téléphoniques, soit une masse considérable d'informations.
Avec son goût pour la démythification de l'Amérique, son sens de la tragédie épique et son style si personnel, James Ellroy se révèle l'écrivain le […]
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