5. Un comique au second degré
Écrivain de grande qualité, Caragiale excelle à décrire et à faire parler. Bien mieux, le langage, chez lui, est source d'un comique au second degré, si l'on peut dire : il n'est pas seulement révélateur d'un personnage ou capable d'exprimer la drôlerie d'une situation, mais devient le plus souvent objet, même gratuit, de rire : ainsi, les tics de certains personnages ou les agencements humoristiques de mots et de locutions. Sans aller jusqu'à prétendre que Caragiale ait voulu dénoncer l'aliénation de l'homme prisonnier de ses propres moyens d'expression, on doit cependant reconnaître dans son œuvre l'amorce d'une philosophie de la parole qui n'est pas sans autres illustrations dans la littérature roumaine, et l'on pense à Urmuz. Elle annonce, d'une certaine manière, l'hilarant et absurde déferlement verbal du théâtre de Ionesco.
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