2. Le peintre de la petite bourgeoisie
Caragiale est avant tout un auteur comique. Il fustige les mœurs de ses contemporains à une époque où la Roumanie accède, du point de vue politique, social et économique, au statut d'État moderne. Époque de transition fertile en contrastes et aussi en heurts entre la vieille civilisation rurale, traditionnelle, fortement hiérarchisée, mais sans classe moyenne ni bourgeoisie solide, et un nouveau monde caractérisé par les premiers développements d'une certaine démocratie politique, par l'essor de la classe des commerçants et des petits fonctionnaires, par la rapide extension de la civilisation urbaine. Plutôt que la ville, c'est le faubourg que peint Caragiale, la mahala, qui accueille ou recueille un surcroît de population attiré par le prestige des grands centres et le plus souvent déçu dans ses espoirs d'ascension sociale ou de prospérité.
Ce monde médiocre de petite bourgeoisie suburbaine bucarestoise est présenté par Caragiale dans sa première comédie, O noapte furtunoasǎ (Une nuit orageuse, 1878), où l'on voit un marchand de bois de charpente, capitaine de la garde civique, s'égarer, tout au long d'une nuit de veille héroï-comique, dans ses soupçons envers sa femme : elle le trompe avec son commis et non, comme il le croyait, avec le familier de la maison, le personnage un peu inquiétant de Ricǎ Venturiano, « étudiant en droit et publiciste », pur produit d'une société favorable à tous les arrivismes et visiblement promis à une carrière de politicien plus ou moins véreux.
En 1880, Caragiale fait jouer une « farce » en un acte, intitulée Conul Leonida faţǎ cu reacţiunea (Monsieur Léonidas face à la réaction). Le bonhomme Léonidas n'a pas le courage du Spartiate dont il porte le nom : il est dans sa chambre à coucher, avec sa femme, et pérore sur les avantages de la démocratie et du progressisme social. Mais il lui suffit d'entendre du vacarme dans la rue pour croire que la réaction passe à l'émeute et pour prendre peur. Sa panique burlesque s'achève quand il découvre que tout ce bruit n'est dû qu'à des fêtards fortement éméchés.
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