Troisième et plus important sultan turc de la dynastie dite des Esclaves à Delhi (1210-1236), mort le 29 avril 1236.
Vendu comme esclave à Qutb al-D̄in Aybak, Shams al-Dīn Iltutmish devient néanmoins son gendre et lui succède en 1210. Son beau-père a consolidé les bases de l'empire musulman, qu'il a étendu au nord de l'Inde et dont il a installé la capitale à Delhi. Il a en outre posé les fondements de la grande tour de la Victoire Qutb Mīnār, qui sera achevée par Iltutmish.
Homme d'État patient et avisé, formé sous ses prédécesseurs Muhammad de Gh̄ur et Qutb al-D̄in en administrateur honnête, Iltutmish est en butte, à son accession au pouvoir, à l'affaiblissement du régime musulman mais aussi aux prétentions de Taj al-Dīn Yildiz, souverain de Ghazn̄i qui souhaite régner sur l'ensemble des conquêtes de Muhammad, et aux tentatives hindoues pour recouvrer des portions de territoires perdus. En 1215, Iltutmish fait prisonnier Yildiz, qui meurt en captivité. En 1225, il force le gouverneur insoumis du Bengale à reconnaître l'autorité de Delhi et peu après consolide une nouvelle fois les possessions musulmanes. En 1229, Iltutmish voit son indépendance confirmée par le calife abbasside de Bagdad. Il parviendra également à préserver son royaume des déprédations des Mongols, dont les raids commencent sous son règne, et réussira à doter l'empire d'un appareil administratif. Il consulte les grands auteurs islamiques du xie siècle sur l'art de gouverner et l'Adab al-Mulūk, premier traité indo-musulman consacré à la question et à l'art de la guerre, est rédigé à son intention.
Sourd aux exhortations de ses conseillers, Iltutmish fait preuve de tolérance envers les Hindous. Il lance de grands chantiers qui dotent Delhi d'aqueducs, de mosquées et de diverses aménités qui assoient pour la première fois son rang de siège du sultanat. Ses contemporains feront l'éloge de son règne et de la valeur de ses conseillers, tout particulièrement du wasīr Junaydi.
Iltutmish perd son fils aîné et ses cadets sont incompétents. Ayant donné à sa fille Razia (Raziyyat al-Dīn) une excellente éducation, il souhaite qu'elle prenne sa succession, au grand dam du conseil administratif, formé d'une quarantaine d'esclaves personnels d'Iltutmish. Razia lui succède brièvement sur le trône, mais le conseil ne lui pardonne pas la nomination d'un Africain à un poste haut placé et la renverse peu après. Sa chute marque le début du déclin de la lignée d'Iltutmish.
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