4. Un gabarit « hors catégorie »
On ne peut entièrement le suivre lorsqu'il prétend s'intéresser aux « gens normaux ». Ils sont normaux, certes, par leurs réactions. Hawks prend le plus grand soin d'en affaiblir la portée morale ou dramatique à force d'humour et de retenue. C'est un principe chez lui : « Jouer toujours à fond en sens contraire de la scène. » Mais tous les hommes de métier, et tous les séducteurs connaissent le pouvoir du détachement dans la conquête. Ils savent qu'il faut parler bas pour se faire entendre. Mais le discours, bien entendu, demeure.
Les personnages normaux de Hawks sortent totalement du commun. Les pilotes de course qu'il dépeint ne sont pas plus affectés par les dangers de leur profession que ne le serait un chauffeur de taxi par ses courses quotidiennes. Seulement Hawks s'intéresse aux pilotes de course et non aux chauffeurs de taxi. Et il enferme ses héros dans des situations excessives. Rien ne l'intéresse comme l'excès, l'envol, la folie, la mort. Tout se passe comme s'il voulait sans cesse mettre son film en péril, comme il met ses personnages en danger. C'est sa propre maîtrise qu'il veut éprouver avant d'exalter celle de ses héros.
Le sentiment du risque définit assez bien la beauté de ses films. On ne peut pas, comme il l'a fait, répéter indéfiniment les mêmes thèmes dramatiques (le défi créateur d'amitié, l'amitié menacée par la femme, la logique comme soutien de la morale, et la compétence professionnelle érigée en valeur absolue) sans vouloir tout remettre en jeu à chaque film, à chaque scène de film. Dans Viva Villa (1934, film achevé et signé par Jack Conway), le journaliste américain qui accompagne le chef révolutionnaire annonce prématurément à son journal la prise d'une place forte. Il demande à Pancho Villa de gagner la bataille qu'il a décrite dans son article. Villa proteste violemment et finit par céder. Il attaque et conquiert la place forte pour ne pas faire mentir son ami. C'est une idée insensée, à la fois exaltante et drôl […]
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