2. L'amitié plus que l'amour
L'action de ses films est soigneusement distribuée, à l'image de nos journées, en efforts et en repos. Les pilotes de chasse de La Patrouille de l'aube (The Dawn Patrol, 1930) s'envolent tous les après-midi pour leur ballet mortel. Ils font alors assaut d'adresse et d'esprit chevaleresque. Le soir, on raye quelques noms sur l'état des effectifs et le jeu consiste, dans les beuveries nocturnes, en compagnie parfois de l'adversaire allemand, à ne pas mentionner le nom des morts. De la même façon, les chasseurs de Hatari (1961) affrontent de jour les charges de rhinocéros et goûtent le soir le confort de leurs bungalows en tentant de résoudre leurs petits conflits sentimentaux.
Tout naturellement, la femme joue le rôle du piège où le héros s'empêtre. Le guerrier chez Hawks préfère la guerre à son repos. Parfaitement à l'aise dans le combat et l'amitié virile, il l'est beaucoup moins dans la joute amoureuse. L'action à elle seule suffit à nouer ces amitiés tacites, indissolubles, « ces histoires d'amour entre deux hommes » comme dit Hawks, qui s'est toujours plu à les peindre et à les exalter, pour en avoir vécu lui-même de semblables. Les deux marins de Une fille dans chaque port (A Girl in Every Port, 1928), les pêcheurs du Harpon rouge (Tiger Shark, 1932), le duo de gangsters de Scarface (1932) et celui des aventuriers de La Captive aux yeux clairs (The Big Sky, 1952) ne peuvent être séparés que par l'intrusion d'une femme dans leur vie. Le héros trouve son accomplissement dans la complicité, fût-elle crapuleuse (Paul Muni et Georges Raft dans Scarface). La rivalité amoureuse, au contraire, le dégrade.
Tacticien émérite, technicien hors pair, savant paléontologue ou biologiste, tel Cary Grant dans L'Impossible Monsieur Bébé (Bringing Up Baby, 1938) et dans Chérie, je me sens rajeunir (Monkey Business, 1962), le héros se trouve complètement désarmé devant les pouvoirs de la séduction féminine. Il lui arrive d'en perdre toute dignité (Victor Mac Laglen avili par L […]
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