3. Un équilibre de tensions
L'alternance et le contraste effort-repos, virilité-féminité, intéressent Hawks, mais d'abord comme relations, au même titre que le rapport tragédie-comédie. Il s'agit simplement pour lui d'organiser la respiration du film en rétablissant des équilibres rompus.
« D'habitude, quand on me raconte une histoire, dit-il, je commence toujours par en faire une comédie et c'est seulement en second ressort que j'en fais un drame. » Il aime introduire la dérision burlesque au cœur des situations les plus tendues. Ainsi, dans Scarface, le personnage du petit gangster chauve promu secrétaire de Toni Camonte, personnage désarmant de stupidité et de sauvagerie ingénue, follement drôle lorsqu'il menace de son revolver un interlocuteur téléphonique, est finalement pathétique quand il meurt en tentant de noter un dernier message destiné à son maître. Il n'est pas là simplement pour créer la diversion bouffonne ; il s'intègre au contraire complètement à l'implacable progression tragique. La bestialité vaniteuse de Toni Camonte trouve en lui une manière de répondant, ils se servent mutuellement de faire-valoir et de reflet. Le rapport tragédie-comédie recouvre, on le voit, une relation morale. Le malheureux imbécile meurt plus noblement que le prestigieux gangster. Encore une fois Hawks rétablit l'équilibre.
Mais pour rétablir l'équilibre, il faut qu'il soit d'abord terriblement rompu. Hawks, qui a construit lui-même des voitures et des avions, sait bien que la splendide égalité du vol, la progression continue de la vitesse sont déterminées par une suite discontinue d'explosions.
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