3. Bourguiba et la fédération maghrébine
Premier leader nord-africain à acquérir une audience internationale (aux États-Unis, notamment, dès 1950), Habib Bourguiba crut pouvoir être non seulement l'inspirateur mais le promoteur d'un Maghreb ouvert sur l'Occident. Il aurait ainsi joué un rôle de médiateur entre l'Ouest, auquel l'attachent sa culture et ses convictions anticommunistes, et l'Orient, auquel appartient la Tunisie.
En dépit de son rôle diplomatique pendant la guerre d'Algérie, de son talent, des capacités de l'élite tunisienne, de l'excellente position stratégique de son pays, Habib Bourguiba n'a pas réussi dans son rôle de fédérateur-médiateur. Objet de la méfiance des Marocains, trop fiers pour être pris en tutelle, considéré par les Algériens comme un modéré pro-occidental, très violemment critiqué au Moyen-Orient arabe pour ses prises de position réalistes vis-à-vis d'Israël, Bourguiba en fut réduit à un rôle de leader trop grand pour un petit pays, souvent donné en exemple aux Orientaux par des dirigeants d'Occident (John Kennedy, notamment) et, par là même, un peu suspect aux foules du monde arabe.
Ainsi Habib Bourguiba n'avait-il atteint, au moment de sa destitution, en 1987, qu'un seul de ses objectifs fondamentaux : la fondation de l'État tunisien – ce qui est considérable. Les progrès dont son peuple lui était redevable en matière de rapports humains, notamment en ce qui concerne la condition féminine, étaient fâcheusement obscurcis par l'ossification du pouvoir absolu, la paralysie croissante que provoquait, au sommet de l'État qu'il avait fondé, sa décrépitude physique, évidente à partir du début des années quatre-vingt.
De cette impuissance à agir, le pouvoir tunisien ne sortait que pour réprimer les agitations sporadiques déclenchées par des intellectuels mécontents, des travailleurs affamés ou des intégristes religieux brimés. Il fallait ranimer cet État figé par la déchéance physique de son créateur : ce que fit en novembre 1987 Zine el-Abidine ben Ali, […]
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