« Je m'imagine la musique comme quelque chose de très loin dans l'espace, qui existe depuis toujours, et qui existera toujours, et dont nous n'entendons qu'un petit fragment... »
En quelques mots, György Ligeti a résumé l'essentiel de ce qui constituait son travail de compositeur. Ses œuvres – dont on peut affirmer qu'elles marquent une étape décisive de la création musicale contemporaine – font la synthèse entre les recherches acoustiques les plus élaborées et un univers musical parfaitement traditionnel. C'est à partir de cette bipolarité tradition-modernité que Ligeti s'est forgé un langage « ambigu », n'appartenant à aucune catégorie répertoriable. Son écriture est harmonique sans être tonale ; atonale sans être sérielle ; véritablement animée d'un mouvement interne insaisissable, d'une vie au niveau des micro-éléments, autrement dit du détail.
Aussi ses œuvres se promènent-elles à travers le monde, douées d'un étonnant pouvoir de « radio-activité », au point que György Ligeti pourrait être un compositeur mutant venu d'un de ces « lointains » qu'il évoque parfois dans sa musique, pour nous parler d'un « ailleurs » unique et universel. Le résultat sonore est comparable à un dessin de notes animé par une vie foisonnante, infinitésimale, avec une multitude d'éléments indépendants qui se combinent, se superposent, se heurtent et finissent enfin par se rassembler en des espaces acoustiques d'une poésie et d'un rayonnement extrêmes.
1. La formation
Né le 28 mai 1923 dans la petite localité de Dicsőszentmárton (Transylvanie), autrefois hongroise, aujourd'hui Tîrnăveni, en Roumanie, György Ligeti partage ses études musicales entre le conservatoire de Kolozsvár – aujourd'hui Cluj-Napoca – (1941-1943) et l'Académie Franz-Liszt de Budapest (1945-1949). Son père, Sándor Ligeti, était directeur d'une filiale de banque roumaine dans une région de langues hongroise et allemande. Ses ancêtres étaient juifs, vivant à l'entour du lac Balaton, à l'ouest de la Hongrie, et en Bohême. Les Autrichiens imposaien […]
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