2. Héritage et tradition : la quadrature du cercle
Partir de Bartók pour aller vers..., voilà une volonté constituant l'originalité majeure de la musique de Ligeti qui, avec son Premier Quatuor à cordes, intitulé Métamorphoses nocturnes (1953-1954), démontre qu'il est à la fois le garant d'une tradition bartokienne et le catalyseur d'une future modernité qu'il reste toutefois à trouver.
À trente ans, György Ligeti a déjà beaucoup composé pour de petites formations instrumentales et pour la voix, mais il reste profondément insatisfait, comme un créateur de génie qui n'a pas encore inventé le langage auquel il aspire. « Il y eut – dit-il – une opposition intérieure qui consistait à s'intéresser à Stravinski, à Alban Berg, à étudier quelques partitions de Schönberg qui existaient mais qu'on ne pouvait entendre... À la fin, j'en vins à me dire : tout cela ne vaut pas la peine. Pourquoi devrais-je maintenant, avec vingt ou trente années de retard, suivre un style qui existe déjà, et est accompli ? » Déjà se dessinent très nettement dans l'esprit de Ligeti les prémisses d'une pensée musicale spécifique et la volonté de se forger une écriture qui, ne répétant a priori aucune école, ne s'assujettit à aucune d'entre elles de manière absolue.
Après le soulèvement de 1956 et son échec, date sombre pour l'histoire de la Hongrie, György Ligeti quitte son pays et s'installe en Allemagne occidentale pour s'initier aux techniques de composition qu'il ignore encore, en particulier celles de la musique sérielle. On lui doit ainsi une remarquable analyse de la première des trois Structures pour deux pianos de Pierre Boulez. Il a trente-trois ans, il travaille en compagnie de Karlheinz Stockhausen au studio de musique électronique de la radio de Cologne. Ligeti y réalise trois œuvres : Glissandi (1957), Artikulation (1958), et Pièce électronique no 3 (entamée en 1957 mais qui ne sera réalisée qu'en 1996).
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