Survenue en 1918-1919, la grippe dite espagnole a tué environ vingt millions de personnes, c'est-à-dire davantage que la Première Guerre mondiale. Elle est de ce fait restée dans la mémoire collective au même titre que les grandes pestes ou les épidémies de choléra. S'il s'agit très certainement d'une grippe au sens clinique du terme, l'agent infectieux qui en a été responsable n'a pas été identifié. Ce virus était remarquable par sa virulence et sa contagiosité. Il est donc essentiel pour le futur, et dans une optique vaccinale, du fait de la répétition régulière des infections grippales et de la variabilité des souches de virus au hasard de ses recombinaisons génétiques, de comprendre l'origine de ces deux propriétés. Plusieurs stratégies ont été utilisées pour récupérer sinon le virus de 1918, du moins des fragments de ce virus. Schématiquement, on recherche par la technique dite de PCR à amplifier des fragments de génome viral soit dans des prélèvements conservés par les autorités médicales depuis 1918, soit dans des cadavres de malades décédés de la grippe et enterrés dans des zones gelées en permanence (Lapons et mineurs en Alaska et au Spitzberg). L'ensemble des manipulations s'effectue dans des laboratoires de haute sécurité. Il semble qu'un fragment de génome du virus responsable de la grippe espagnole ait été identifié en 1997 chez un soldat américain décédé en 1918. D'autres fragments suivent, qui permettront de reconstituer de grandes parties du génome de ce variant et donc de les comparer aux souches actuelles de virus.
Gabriel GACHELIN
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