4. Portée de l'œuvre
Mendel attribuait sans doute à sa découverte une portée très large. Ses sondages faisaient apparaître les mêmes « lois de série développée » (Entwicklungsgesetze) dans des genres différents, notamment Phaseolus (le haricot) où il supposait, pour expliquer la diversité des formes en F2, que tel caractère (fleurs rouges chez Phaseolus multiflorus W.) était déterminé par une pluralité de facteurs indépendants. Pensait-il que le même schéma se retrouvât pour l'hybridation animale ? Il faudrait savoir pour cela ce qu'il attendait de ses expériences sur les abeilles. En tout cas, l'application du concept d'hybridation à des caractères se manifestant isolément assimilait finalement l'« Hybridologie » à une théorie formelle de l'hérédité des caractères individuels. Mendel s'en est probablement rendu compte, bien que son texte, très sobre et très prudent, ne l'explicite pas.
Ses contemporains ne décelèrent dans son travail ni lois de l'hérédité ni théorie de l'hybridation dignes d'intérêt : pas de commentaires ni de discussions à l'issue de ses deux exposés devant le Naturforschender Verein de Brünn (8 févr.-8 mars 1865) ; le texte, paru dans le tome IV des Verhandlungen de l'Association, ne suscita pas plus d'émotion. En Russie, I. F. Schmalhausen résume, dans une note de sa thèse (1874), les schémas de Mendel surtout comme une curiosité, semble-t-il. W. O. Focke, dans son ouvrage de synthèse sur les hybrides végétaux (Die Pflanzenmischlinge, 1881), cite comme méritoires les recherches de Mendel sur Phaseolus, Pisum, Hieracium, mais ne fait aucun cas de ses formules combinatoires.
Cette indifférence du monde scientifique s'explique sans doute par le caractère insolite du mode de pensée mendélien, qui pouvait paraître « antibiologique », surtout en 1865 ; par la coupure séculaire séparant, aux yeux des naturalistes, les problèmes de l'hérédité de ceux de l'hybridation ; peut-être aussi par l'allure apparemment « fixiste » des conclusions de l'auteur, en une époque marquée par le retentissement de L'Origine des espèces.
Mendel lui-même eut la déception de ne pas retrouver ses lois dans le genre Hieracium, dont C. von Nägeli lui avait signalé l'étrangeté. Il se demande en 1869 (tome VIII des Verhandlungen) s'il n'y a pas un groupe de végétaux comprenant Hieracium, Salix (travaux de Wichura), etc. qui échappe à sa théorie (on établira au début du xxe siècle que ces anomalies sont dues à une parthénogenèse inaperçue).
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