Giuseppe De Santis a passé les vingt-cinq dernières années de sa vie à essayer de revenir derrière une caméra. Solitaire, intransigeant devant l'injustice dont il se sentait frappé, ayant même pris ses distances à l'égard de Rome en allant habiter à une trentaine de kilomètres de la capitale, il était devenu un homme en suspens. À l'image de Drogo, le héros du Désert des Tartares, il attendait le cinéma comme quelque chose qui ne viendrait plus jamais. De fait, après des débuts éclatants, sa carrière a été un long combat pour faire prévaloir un cinéma fortement nourri par des convictions politiques révolutionnaires et qui se heurtait au conformisme de la production. D'une certaine manière, malgré un sens du spectacle qui pouvait en faire une valeur sûre au simple regard des lois du marché, il a été sacrifié : en recevant le lion d'or qui lui fut décerné à Venise en 1995 pour l'ensemble de sa carrière, il le dédia aux films qu'on ne lui avait jamais laissé tourner.
Giuseppe De Santis est né à Fondi. Après des études de droit, il entre par la grande porte dans la carrière cinématographique : il participe à l'écriture du scénario d'Ossessione et Visconti le prend comme assistant pour le tournage en 1942. À la Libération, il participe à l'aventure collective de Jours de gloire (1945), film de montage consacré à la Résistance italienne auquel collaborent Mario Serandrei, Marcello Pagliero et Luchino Visconti. Commence alors la grande aventure du néo-réalisme. De Santis en est un des protagonistes avec quatre films. Dans Chasse tragique (1947), il décrit la volonté des anciens partisans de mettre en valeur la terre qui leur est confiée, rêve utopique d'une société fondée sur le partage des richesses. Dans Riz amer (1949) et Pâques sanglantes (1950), il aborde les problèmes du prolétariat rural dans des histoires fortement romanesques qui élargissent le propos et lui fournissent un fort impact émotionnel. Dans Onze heures sonnaient (1952), il s'inspire d'un fait-divers authentique (l'effondrement d'un escalier d'immeuble sous le poids […]
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