Le poète italien Giovanni Raboni fait partie de cette génération des Porta, Amelia Rosselli, Sanguineti, Loi, Majorino – qui a commencé à écrire vers le milieu des années 1950, après les illusions du second après-guerre et de son néo-réalisme. S'il fallait d'un mot dire ce que fut cette œuvre, ce serait peut-être une chaleur d'acuité sensible, un ton de voix extrêmement contenu, de qui veut bien accueillir ce qu'on lui propose, en amitié, « y croyant mais toujours à la dérobée,/ comme [il] croit à l'existence de Dieu » (Lueurs d'histoire, 2002). Dans cette distance réside sa dignité de poète et de critique, la fermeté lentement acquise de l'intellectuel qu'il a été, souvent au service des plus jeunes, par exemple à la tête des meilleures collections de poésie, depuis que, ayant quitté l'Encyclopédie Européenne, il insuffla une énergie nouvelle aux éditions Guanda. Parallèlement, Raboni s'imposa comme critique cinématographique, puis théâtral, dans la presse écrite de la péninsule.
L'une des grandes questions qui traverse le xxe siècle est celle du rapport entre prose et poésie en littérature, et plus précisément au sein du langage poétique. Les Chants orphiques de Dino Campana (1914), les poèmes du second Ungaretti, puis La Tourmente d'Eugenio Montale sont autant d'œuvres qui témoignent de cette inquiétude. Jusqu'à Vittorio Sereni, l'un des maîtres de Giovanni Raboni, quand la brutalité de l'histoire le jeta, par les camps de prisonniers d'Afrique du Nord, au plus près d'une urgence d'expression primordiale, qu'il allait moduler en vers parlés prosodiques (Journal d'Algérie, 1947) et en proses minutieusement écrites autour d'une primauté absolue donnée à la forme. Comme lui, et comme son aîné plus « politique » Franco Fortini, Giovanni Raboni a complété sa formation littéraire en traduisant – surtout du français – afin, dira-t-il, d'échapper au chant trop facilement vocalique de l'italien, où les grands accords rythmiques du passé ne se laissent pas facilement oublier et « en un certain sens […]
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