Né en 1913 à Luino (province de Varèse), Vittorio Sereni passe son enfance à Brescia, puis va étudier la littérature à Milan. Il y rédige un mémoire sur Gozzano, et se lie d'amitié avec les élèves d'Antonio Banfi et les artistes de « Corrente ». Son premier recueil poétique, Frontiera (1941, augmenté et réédité en 1966), est dominé par les paysages lacustres de la Lombardie, où la frontière italo-suisse, opposant l'oppression fasciste à l'appel démocratique de l'Europe, symbolise la tension entre la solitude absolue de l'écrivain et son désir de communion humaine.
En 1942, il part pour le front grec, en tant qu'appelé. Fait prisonnier par les Alliés en Sicile, sans avoir jamais combattu, il est déporté l'année suivante dans les camps français d'Algérie, puis du Maroc. Après la guerre, il retourne enseigner à Milan et publie un second volume de poésie, Diario d'Algeria (Journal d'Algérie, 1947). Épousant le rythme de la méditation, les hésitations de la syntaxe et la simplicité du lexique instaurent une narrativité en ton mineur, qui donne corps à une voix vaincue et isolée, morte « à la guerre et à la paix ». Il Male d'Africa (1958), qui sera adjoint à ce recueil, définit notamment un « mal des enceintes », un éloignement par la captivité, interdisant tout témoignage immédiat à propos des combats et des triomphes de la libération. La mémoire de cette distance insurmontable marquera l'ensemble de son œuvre.
Sereni devient publicitaire chez Pirelli, en 1952, puis responsable éditorial chez Mondadori, en 1958. Il commente ses poésies du Diario d'Algeria dans Gli immediati dintorni (1962), qui reprend l'analyse des thèmes de l'absence et de la vacance. Bref récit qui se déroule à la Foire du livre de Francfort, L'Opzione e allegati (1964), inséré ensuite dans ce volume, décrit l'éternel isolement du poète au sein d'une foule qui n'a « pas d'histoire, pas de passé ». En 1965 paraît un recueil capital, Gli strumenti umani (Les Instruments humains), où l'écrivain poursuit sa difficile confron […]
… pour nos abonnés, l'article se prolonge sur 1 page…



