Parlant de la poésie italienne au tournant du xixe et du xxe siècle, Pascoli déclarait : « Nous imitons trop. » Lui-même venait pourtant de basculer dans la modernité avec ses Myricae, cependant que D'Annunzio publiait Alcione : deux recueils fondamentaux pour comprendre la formidable éclosion poétique contemporaine en Italie, à la hauteur du dolce stil novo ou de la grande saison baroque. Sous le signe de cette nouvelle « mémoire du poème » et de la part de constante évocation du passé qu'elle suppose, Franco Fortini a voulu que s'inscrivent non seulement des options linguistiques en rupture avec celles du nouveau lyrisme, puis des néo-avant-gardes et de son ami Pasolini, mais l'ensemble de son œuvre d'écrivain, pour laquelle, en même temps, il n'a cessé de revendiquer, à travers l'objet d'écriture, l'acceptation de la mise à l'épreuve et de la discussion : sa dimension politique, si l'on entend bien par là que, au-delà de ce qu'aurait voulu « dire » l'auteur, toute parole révèle et dissimule une particulière prise de position dans le réseau de rapports de forces collectifs qui nous meut et nous soutient malgré nous : d'où, par exemple, une réflexion sur les manifestations d'un inconscient historique à la Jameson, jusque dans les œuvres de « pure révolte » de modernes « corsaires » pasoliniens.
Ce sont là des options radicales auxquelles peu de créateurs parviennent à se tenir sans cesser d'être créatifs, où entre en jeu bien plus qu'un « engagement », et qui sont difficilement pardonnées. La société italienne a supporté Fortini bien plus qu'elle ne l'a vraiment adopté, en dépit de reconnaissances prestigieuses comme celle du prix Librex-Montale en 1984. Cet ancien résistant né à Florence, collaborateur du Politecnico de Vittorini, rédacteur de Ragionamenti puis partenaire de Barthes et d'Edgar Morin dans le projet de revue européenne Arguments, ne cessera de chercher un dialogue avec ses contemporains — par exemple, en intervenant dans les grands organes de presse, en collaborant avec des cinéastes o […]
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