Comparé à Aristophane, surnommé le « Plaute portugais », qualifié de « Shakespeare immature », Vicente, dont l'œuvre fut écrite tantôt en espagnol, tantôt en portugais, est avec Torres Naharro le plus grand dramaturge de la Renaissance dans la péninsule Ibérique. La pureté et l'intensité de son lyrisme, la vivacité de son esprit satirique, son art de l'allégorie et du symbole, tels sont les aspects principaux de son génie. Lope de Vega et Calderón ne dédaignèrent pas, à l'occasion, de s'inspirer de lui. Il est à l'origine de la comedia espagnole autant que de l'histoire moderne du théâtre portugais. Comme écrivain dramatique, affirmait Menéndez y Pelayo, « nul ne fut plus grand, dans l'Europe de son temps, que Gil Vicente ». Plus récemment, un critique français, P. Teyssier, affirmait : « L'univers vicentin est à la fois prosaïque et lyrique, réel et mystique, terrestre et surnaturel, déchu par le péché et sauvé par la grâce. Les deux mondes s'y unissent en un harmonieux équilibre qui fait de ce théâtre un cas unique en son genre, un phénomène exceptionnel, destiné à rester sans lendemain. »
1. Un poète de cour
On ignore la date (entre 1465 et 1470) autant que le lieu de la naissance de Gil Vicente (Guimarais, Barcelos ou, plus probablement, Lisbonne). Son identité même a été discutée : l'écrivain et le célèbre orfèvre de même nom de l'époque du style manuélin ne font-ils qu'un ? Il semble bien que oui. Vicente, qui fut tout à la fois musicien, acteur et directeur de troupe, vécut dans les milieux de la cour du Portugal. Sa première œuvre fut représentée en présence de la reine Marie, à l'occasion de la naissance du futur roi Jean III. C'est au palais royal, pour les fêtes de dom Manuel et de Jean III, ou chez de grands seigneurs que furent jouées la plupart de ses pièces. La mort du poète eut lieu à Evora, sans doute après 1536. L'édition princeps de ses œuvres fut publiée à Lisbonne en 1562 par les soins de ses enfants, Luis et Paula. La seconde édition (1587) fut expurgée par le Sain […]
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