4. Les farces
L'esprit moqueur, volontiers ironique, de Mestre Gil, son sens aigu de l'observation et sa vitalité ardente s'épanouissent dans ces courtes scènes où il s'en prend, sans ménagement, à toute une galerie de types ridicules : le gentilhomme ruiné et vaniteux, les médicastres prétentieux, l'amoureux transi qui chante son aubade en ameutant le voisinage, les gitanes rusées, le clerc frappé du mal d'aimer, le vieillard épris, délaissé pour un jouvenceau. Mestre Gil s'en donne à cœur joie ; son art, ici, se nourrit directement de sève populaire. Citons parmi les plus célèbres de ces farces : Farça chamada Auto das fadas, Farça de Inez Pereira, Farça dos almocreves, Farça do clérigo da Beira, Farça dos fisicos. Dans ces œuvres de fine raillerie, Vicente donne le meilleur de son génie ; seul Cervantes, en certains de ses entremeses, lui est, en ce domaine, comparable. En tout cas la satire humaine, sociale ou religieuse de ces « scénettes » rend un son érasmien qui retentit à travers toute l'œuvre de Vicente et qui fait véritablement de lui un homme de la Renaissance, malgré tout l'héritage médiéval ou antique qu'il avait su assimiler et laisser transparaître dans ses écrits.
Mais c'est surtout par la qualité de son lyrisme, populaire et savant, pénétré de vigueur et de délicatesse, sachant mettre à profit de façon à la fois ingénue et habile toutes les formes de la poésie traditionnelle, que l'art de Vicente est admirable et qu'il ne cesse de séduire.
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