Le danseur et chorégraphe américain d'origine russe George Balanchine a aboli le temps et l'espace en dessinant, à travers ses œuvres, une ligne musicale accordée au corps des danseurs. À travers les 425 ballets créés entre 1920 et 1982, celui qui affirmait que son désir intense était de permettre au public « de voir la musique et d'entendre la danse » a dégagé le ballet de tout souci illustratif pour en faire surgir l'épure. Son travail très singulier sur les lignes du corps, mises en tension par des positions toujours à la limite du déséquilibre dans le mouvement, a modelé un nouveau style de danse et de danseuses que l'on qualifie de « balanchinien ». Il a ainsi totalement renouvelé la vision du ballet classique en projetant l'art chorégraphique dans l'abstraction.
1. Hasard, nécessité et débuts provocants
George Balanchine, de son vrai nom Georgi Melitonovitch Balanchivadze, est né le 22 janvier 1904 à Banodzha (Géorgie), fils du compositeur Meliton Antonovitch et de Marie Balanchivadze. En 1914, on lui demande d'auditionner à la célèbre école de danse du théâtre Mariinski, alors qu'il accompagne sa sœur Tamara venue se présenter. Seul Georgi est pris. Après une année difficile, il se passionne pour la danse. Toutefois, entre 1919 et 1921, Balanchivadze, qui a commencé le piano dès l'âge de cinq ans, hésite entre une carrière musicale ou chorégraphique et décide, tout en poursuivant ses études de danse, d'intégrer le Conservatoire de musique de Petrograd. Pendant les années noires de la révolution, il jouera dans les cabarets ou les cinémas muets pour assurer sa subsistance. Cette sensibilité musicale exceptionnelle lui permettra de dialoguer d'égal à égal avec de grands compositeurs tels qu'Igor Stravinski.
En attendant, en 1920, à l'âge de seize ans, il chorégraphie son premier pas de deux La Nuit pour le gala annuel de l'école du Mariinski. Cette chorégraphie est considérée comme osée par la direction – car il fait danser sur pointe une danseuse en tunique et non en tutu – […]
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