André Malraux disait de Chanel qu'elle comptait, avec de Gaulle et Picasso, parmi les grandes figures de notre temps. La force de cette créatrice est d'avoir su vivre avec son époque, d'avoir pressenti les modes, accompagné le mouvement d'émancipation féminine et de s'être érigée en modèle. De l'ouverture de son premier atelier de modiste en 1909 à sa mort en 1971, elle n'a cessé d'affiner une conception résolument moderne de l'élégance.
1. Une ligne simple et d'avant-garde
Enfant illégitime, elle dissimula toute sa vie ses origines. Au sortir de l'orphelinat, Gabrielle Chanel est placée dans une maison spécialisée en layette, à Moulins, ville de garnison qui lui permet de se distinguer. Chantant « Qui qu'a vu Coco dans l'Trocadéro » – qui lui valut son surnom de « Coco » –, elle est remarquée par un officier de cavalerie, Étienne Balsan, qui l'initie à la vie de château. Solitaire, animée par une indéfectible volonté de liberté, la jeune femme est exempte de préjugés. « L'irrégulière » de Balsan fréquente le demi-monde et le séduit par ses tenues très simples empruntées au vestiaire masculin. L'amant suivant, l'Anglais Arthur Capel, l'aide à s'installer à Paris comme modiste, au 160, boulevard Malesherbes, où ses créations dépouillées contrastent avec les chapeaux énormes et surchargés de l'époque. Engageant des ouvrières professionnelles, elle s'installe un an plus tard, au 21, rue Cambon. Accoutumée aux rythmes saisonniers du beau monde, elle ouvre en 1913 une boutique à Deauville, où la garde-robe simplifiée qu'elle promeut éveille l'intérêt d'une clientèle huppée. Son succès lui permet, en 1915, d'installer une seconde boutique à Biarritz, refuge du Tout-Paris qui apprécie ses toilettes souples et sportives, constituées de jersey, matériau jusqu'alors réservé aux sous-vêtements masculins. Par la force d'un travail narcissique – elle créait d'abord en fonction de son propre corps – Chanel se fait donc connaître dès la Première Guerre mondiale.
À Paris, durant l'entre- […]
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