Grand rénovateur de la mode, et de la conception même du rôle de couturier, Paul Poiret a connu une carrière contrastée. Au cours de sa formation au rayon des manteaux et des costumes tailleurs chez le grand couturier Jacques Doucet, de 1898 à 1900, il s'est familiarisé avec les impératifs structurels de la création d'un vêtement ; plongé, lors de son passage chez Worth, de 1901 à 1903, dans l'atmosphère un peu étriquée d'une maison de couture attachée à des traditions périmées, Poiret fait déjà scandale avec ses robes simples ou avec tel manteau « chinois » composé d'un panneau de drap de laine simplement replié, baptisé Confucius.
Ayant créé son salon de couture en 1903, le jeune couturier respecte d'abord la silhouette féminine en vogue, charpentée par le corset qui, étranglant la taille et remontant la poitrine, projette le buste en avant et rejette la croupe en arrière. C'est à partir de 1906 qu'il conçoit une première formule révolutionnaire : la robe portée sans corset, qui exige de la femme une sveltesse naturelle. Les recherches de Paul Poiret dans ce domaine sont à rapprocher des démarches de Fortuny qui crée alors les fluides robes « Delphos », et d'Isadora Duncan qui porte de souples tuniques néo-grecques. Pour Poiret, la robe, dont la taille est remontée sous la poitrine, se construit désormais sur un large ruban de gros-grain simplement baleiné, ajusté au torse féminin. À cette modification structurelle, Poiret ajoute d'autres innovations : épris de chromatismes vifs, acides, il réintroduit le violet, le bleu roi, l'orange, le vert pomme, le rouge vif ; il accorde sa prédilection à une silhouette de femme filiforme et enturbannée qui évoque, dans un premier temps, une « merveilleuse » du Directoire, puis une sultane langoureuse quand l'influence des Ballets russes met l'orientalisme à la mode.
Dans son nouveau salon de couture (1909), établi dans un hôtel particulier et doté d'un jardin vite devenu célèbre, Paul Poiret donne en 1911 une fête mémorable, l […]
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