Frans Hals, ou l'un des noms symboliques, avec ceux de Rembrandt et de Vermeer de Delft, de toute la peinture néerlandaise, Frans Hals est en fait, en dépit de toutes les apparences contraires, un artiste difficile, mal connu, mal compris.
Depuis plus d'un siècle, sa renommée n'a fait que croître, parallèlement aux succès du réalisme et de l'impressionnisme, mais à force d'exalter le portraitiste direct, le réaliste joyeux, l'exécutant plein de brio, tel que Manet l'honore dans son fameux Bon Bock (1873, musée de Philadelphie), on a fini par isoler le peintre de son temps, par en faire un inexplicable et surprenant « moderne », on a privilégié ainsi très arbitrairement certains aspects de sa production (notamment les brillants portraits « caravagesques » des années 1620), et la notion commode et trompeuse de réalisme semble devoir suffire à toutes les analyses.
À l'image populaire, mais partiellement inexacte d'un Frans Hals « impressionniste », l'histoire de l'art, refusant de céder à un « modernisme » anachronique, devra substituer celle d'un artiste infiniment plus divers et plus nuancé, sachant user à l'occasion du langage symbolique cher aux lettrés de son temps et se révélant un psychologue de grande classe autant qu'un exécutant virtuose.
1. Données biographiques
Frans Hals est né à Anvers, vraisemblablement en 1581 (selon d'autres historiens en 1585). Pour des raisons religieuses, sa famille émigra vers le nord, peut-être dès 1585, se fixant à Haarlem, où son frère Dirck est baptisé en 1591, premier fait connu qui atteste la présence des Hals à Haarlem. Entre 1600 et 1603, Frans Hals fut apprenti chez le peintre maniérisant Carel Van Mander, mais il faut attendre 1610 pour le voir inscrit dans la gilde ; sa première œuvre connue est le portrait de Jacobus Zaffius (musée de Haarlem).
En 1616, il entre dans la Chambre de rhétorique de Haarlem (un équivalent des sociétés « précieuses » du xviie siècle français), fait marquant puisqu'il montre à la fois l'importance sociale du peintre – bien diff […]
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