Philosophe et écrivain français, l'un des représentants majeurs de ce « libertinage érudit » qui marque, entre l'humanisme de la Renaissance et la philosophie du siècle des Lumières, une étape essentielle. À quarante ans, cet indolent n'a écrit aucun livre : il s'est prêté avec quelque répugnance aux devoirs de sa charge de substitut au procureur du roi et s'est surtout « composé un caractère. Le caractère d'abord d'un original [...] ; le caractère, aussi, d'un homme indépendant, réservé, un peu sournois, avec une prudence ombrageuse et volontiers narquoise » (R. Pintard) — sous laquelle il cache des méditations qui deviendront de plus en plus audacieuses. Les nombreux voyages qu'il a entrepris lui ont fait découvrir l'infinie variété des mœurs et des croyances, l'instabilité des opinions et des institutions les plus autorisées ; ils l'ont engagé à de vastes lectures (philosophes sceptiques et relations de voyages) ; les innombrables conversations, franches et hardies, avec ses amis de la Tétrade, ce groupe que forment avec lui Gassendi, Diodati et Naudé, ce grand foyer (secret) du libertinage érudit, le décident à publier le fruit de ses réflexions. Ce sont les quatre premiers Dialogues faits à l'imitation des Anciens d'« Orasius Tubero » qu'il fait imprimer à un nombre réduit d'exemplaires (1630). Dans ces libres entretiens, l'auteur démolit allègrement toutes nos certitudes et toutes nos illusions et propose au sage un refuge dans une « vie couverte et particulière », faite de tranquillité et d'indépendance. L'année suivante, cinq nouveaux Dialogues précisent cette profession de foi sceptique, et surtout l'étendent à des domaines qui jusque-là avaient été prudemment laissés de côté : la métaphysique et la théologie. Mais les précautions et les ambiguïtés sont à la mesure des audaces, et La Mothe Le Vayer prétend élaborer une « sceptique chrétienne » en faisant du scepticisme « une parfaite introduction au christianisme », ce christianisme auquel il a retiré l'appui de la raison.
Et voici qu […]
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