Dans les années 1960, marquées par la guerre froide, deux grands thèmes hantent le monde occidental : le risque d'une apocalypse nucléaire, objet d'innombrables films, et la conquête spatiale, sous la forme d'une compétition entre Russes et Américains – compétition à laquelle met fin l'alunissage, en 1969, de la capsule Apollo-11. Stanley Kubrick (1928-1999) avait traité le premier thème dans Dr Folamour (Dr Strangelove, 1965). Il s'attaque au second alors que la science-fiction est encore synonyme de fantaisie et réalise, comme le titre en témoigne, un film d'anticipation au sens strict, sans dépasser les possibilités techniques envisageables à cette époque.
Avant 2001 : l'Odyssée de l'espace (2001 : a Space Odyssey), Kubrick avait déjà réalisé sept films, dont certains avaient fait événement ou scandale. Ce huitième opus, qu'il termine à l'âge de quarante ans, le hisse à la hauteur d'un réalisateur mythique, démesuré tant par le choix de ses sujets que par l'ambition, le soin et l'originalité dont il fait preuve pour les traiter. Le film est, enfin, une course contre la montre : comportant une séquence sur la Lune, il devait sortir avant que l'homme n'y mette le pied.
Bien que peu des événements évoqués dans le film se soient réellement produits à la date fixée (l'homme n'a pas encore installé de base sur la Lune, ni envoyé de passagers vers Jupiter), l'œuvre reste un des films les plus fascinants de toute l'histoire du cinéma. D'autant que rien ou presque rien de ce que le film suggère n'est expliqué : en grande partie dépourvu de dialogues, le mot extra-terrestre n'est jamais prononcé, et ces derniers, suggérés, ne sont jamais vus.
1. Un documentaire halluciné
2001 : l'Odyssée de l'espace s'ouvre sur un écran noir, tendu par le seul mouvement sonore Atmosphères (1961) de György Ligeti. Les premières images du prologue intitulé « L'aube de l'humanité » arrivent ensuite, soutenues cette fois par le poème symphonique de Richard Strauss Ainsi parlait Zarathoustra. Il nous […]
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