3. L'essor capétien (987-1180)
• France et chrétienté
La participation de la France à l'essor général de la chrétienté aux xie et xiie siècles se manifeste principalement dans le domaine démographique, à en juger par l'importance de l'émigration française à cette période. Dans trois grandes entreprises, des hommes venus de France tiennent le premier rôle : la conquête de l'Angleterre par les Normands (1066), le peuplement et la reconquista de l'Espagne sur les Musulmans (surtout à partir de 1054), les croisades (à partir de 1099) qui conduisent l'Orient à donner à tous les croisés le nom de Francs. Essor démographique particulièrement sensible dans la France du Nord et du Nord-Est (Île-de-France, Picardie, Flandre), et qui produit des ébranlements de toutes sortes : ébranlements sociaux, avec le gonflement d'une masse de pauvres, l'accroissement d'une mobilité qui arrache aux seigneurs des chartes de franchises rurales et urbaines, l'apparition d'une catégorie de « jeunes » qui, parmi les puînés de la moyenne et petite aristocratie, constituent un groupe de chevaliers errants, promoteurs de l'esprit courtois ; ébranlements spirituels, avec le renouveau du monachisme (Fontevrault, Cîteaux, Prémontrés), l'expansion d'hérésies et la diffusion dans la classe aristocratique de l'idéal courtois mis au point par les troubadours de l'« école de 1150 ».
Dans l'ensemble, la France, durant ces deux siècles, participe à l'essor de la chrétienté sans y occuper le premier rang. L'Angleterre du xiie siècle dispose d'un pouvoir monarchique plus fort et mieux organisé ; l'Allemagne de Frédéric Barberousse (1152-1190) a à sa tête un souverain paré d'un prestige impérial qui le met très au-dessus du roi capétien ; l'Italie, sans être unifiée politiquement, connaît, grâce à ses grandes villes marchandes (Gênes, Pise, Venise), une prospérité sans rivale en Occident.
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