3. La Côte d'Ivoire avant tout
Fils de paysan, Houphouët-Boigny privilégia toujours l'agriculture par rapport à l'industrie, favorisa la campagne plutôt que la ville et n'eut jamais qu'un seul souci : l'intérêt bien compris des planteurs africains, en l'occurrence ivoiriens. Ainsi, les travailleurs immigrés employés dans les plantations devaient soutenir le R.D.A., en échange de l'accord passé entre Houphouët-Boigny et le Morho Naba, chef traditionnel des Mossi de Haute-Volta, dans lequel il offre son soutien à la reconstitution de la Haute-Volta (qui aura lieu en 1947). Après sa mort, en 1993, ses successeurs (Henri Konan Bédié, Laurent Gbagbo) mettront en cause l'« ivoirité » de ces émigrés qui ont été utilisés par la formation politique d'Houphouët-Boigny, le P.D.C.I., pour faire le plein des voix à chaque élection.
Houphouët-Boigny rencontre le général de Gaulle en 1953, à l'occasion d'une tournée en Afrique, et celui qui devient son interlocuteur direct, Jacques Foccart, alors conseiller de l'Union française. Deux ans plus tard, il évoque la « France-Afrique », une expression qui deviendra célèbre pour qualifier les relations privilégiées des colonies avec la métropole.
À partir de 1956, année marquée par le triomphe du R.D.A. lors des élections locales, Houphouët-Boigny accumule les postes ministériels, et son avis pèse dans la préparation de la loi-cadre Defferre (juin 1956) qui dote les colonies africaines d'une autonomie interne. En 1958, il est ministre d'État dans le gouvernement Debré mis en place après le retour au pouvoir du général de Gaulle. Partisan de la « politique du ventre plein » par l'intermédiaire d'une association directe avec la France, il refuse de « partager la pauvreté avec les autres territoires » et de faire de la Côte d'Ivoire la « vache à lait » de l'A.-O.F. Il s'oppose ainsi à toute tentative de grande fédération des anciennes colonies et, en 1959, s'emploie à torpiller la fédération du Mali, œuvre du président du Sénégal Léopold Sédar Senghor, qui ne le lui pardonnera jamais. Il avait également lancé un défi à son vieil ami Kwame Nkrumah, d'origine akan lui aussi, président du Ghana et chantre du panafricanisme, « pour savoir qui [des deux] aura mené son peuple plus loin sur la voix de l'indépendance et de la prospérité économique ».
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