Félix Houphouët-Boigny était le plus âgé des leaders africains qui menèrent leur pays à l'indépendance, et celui qui garda le plus longtemps le pouvoir. Pragmatique et partisan de la persuasion, le président de la Côte d'Ivoire de 1960 à 1993 ne s'est guère écarté d'une vision lucide des événements qui ont marqué l'histoire du xxe siècle. Il fut souvent partagé entre ses devoirs de chef traditionnel, persuadé de savoir ce qui était bon pour son peuple, et ceux de dirigeant d'un État moderne, amené malgré lui à accepter l'instauration du multipartisme en 1990.
1. Le chef akan
D'après sa biographie officielle, Houphouët Dia est né à Yamoussoukro en 1905. Sa mère, qui avait eu plusieurs enfants morts en bas âge, l'affuble du sobriquet d'Oufoué (Houphouët, « balayure à jeter »), pour dissuader les mauvais génies de venir le prendre comme les autres. Par le lignage de sa mère, Houphouët est un chef de village baoulé. Les Baoulé appartiennent, en Côte d'Ivoire, au grand groupe des Akan, un peuple qui avait bâti sa puissance sur le commerce et la thésaurisation de l'or. Houphouët-Boigny eut, d'ailleurs, avec l'or et sa traduction moderne − un compte en Suisse, géré sur place par sa fille − des rapports dépourvus d'ambiguïté : « Les gens s'étonnent que j'aime l'or. C'est parce que je suis né dedans » (1983).
Houphouët-Boigny est élevé par sa tante, Yamoussou, dans la tradition animiste ; mais, en tant que fils de chef, il est envoyé par les Français à l'école de village de Bonzi, près de Yamoussoukro. Il fréquente ensuite l'école primaire supérieure de Bingerville, alors capitale de la colonie, vers laquelle étaient orientés les « sujets bien doués ». En 1915, il est converti par les pères blancs, qui le baptisent Félix. Il abandonne la religion traditionnelle et devient un chrétien pratiquant. Le christianisme a toujours représenté pour lui la modernité, en même temps qu'un obstacle à l'expansion de l'islam, idée qu'il concrétisera à la fin de sa vie, en 1987, en faisant édifier à Yamoussoukr […]
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