4. Une succession toujours reportée
Houphouët-Boigny prône la coopération, « la communauté franco-africaine à base d'égalité et de fraternité » ; il apporte son soutien à la sécession du Biafra (1967) et propose l'ouverture du dialogue avec l'Afrique du Sud (1971). Cette position déchaîne les quolibets et les injures, en particulier de la part d'Ahmed Sékou Touré, le président de la Guinée indépendante, qui s'est trouvé brutalement abandonné par la France à la suite de sa campagne en faveur du non lors du référendum de 1958 pour la Communauté française.
Houphouët-Boigny apporte la richesse aux Ivoiriens grâce au cacao et au café, dont les cours mondiaux à la hausse alimentent une caisse de stabilisation qui garantit aux planteurs des revenus sans surprise et profite à l'ensemble de la population. La continuité politique ivoirienne attire les investisseurs. Elle est assurée par un parti unique, qui a gardé ses structures d'origine, et par la récupération des opposants à qui la croissance permet d'offrir des postes à la mesure de leurs ambitions. Le rituel de l'élection présidentielle porte le « sage de l'Afrique » (six fois réélu, dont la dernière fois en 1990) à la magistrature suprême. Ses concurrents potentiels, issus du sérail, sont tour à tour mis sur la touche.
La crise n'atteint la Côte d'Ivoire qu'au début des années 1980. Mais elle révèle la pression de l'opposition rassemblée, dans la rue, autour de l'ancien leader étudiant Laurent Gbagbo. Houphouët-Boigny persiste, pourtant, à considérer l'opposition comme une manifestation de la démocratie qui veut le délester d'une partie de son pouvoir. Les Ivoiriens commencent alors à se soucier de la succession de celui qu'on appelle familièrement le « Vieux » depuis longtemps déjà. Mais celui-ci se replie toujours derrière le processus constitutionnel pour ne pas avoir à nommer de dauphin. Est-ce par goût du pouvoir ou par crainte − dans l'hypothèse d'un retrait du pouvoir, volontaire ou non − de se voir humilié dans un […]
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