3. L'Estonie indépendante
L'Estonie, le plus petit et le moins peuplé des trois États communément désignés comme « baltes », se distingue de ses voisins letton et lituanien, non seulement par son identité non balte justement, mais aussi par les choix retenus, après l'indépendance, en faveur de sa transition économique : résolument favorable à l'ultralibéralisme, l'Estonie a souvent été qualifiée d'État le plus dynamique des pays est-européens, et présentée comme modèle du passage réussi d'une économie centralement planifiée à une économie de type capitaliste. Ce « tigre de la Baltique » a, dans une certaine mesure, fait preuve de la même résolution lors de la restauration de son indépendance et de l'instauration d'un régime démocratique fondé sur l'idée nationaliste.
• Une marche décidée vers l'indépendance
Avançant par étapes, l'Estonie soviétique a su faire preuve d'habileté sur le parcours qui l'a menée vers le rétablissement de l'indépendance. L'année 1988 est généralement considérée comme décisive : en janvier a été créé un Parti pour l'indépendance ; le 14 avril, une journée de protection du patrimoine estonien a rassemblé à Tartu environ dix mille personnes, arborant, pour la première fois depuis le début de l'occupation soviétique (1940-1991), le drapeau estonien ; durant l'été se sont succédé dans le pays des festivals de chant, vecteurs importants de l'identité nationale estonienne (on évoquera, à propos du retour à l'indépendance, la « révolution chantante ») ; le 11 août, une revue estonienne a publié le texte des protocoles secrets du Pacte germano-soviétique de 1939, etc.
Mais, surtout, dans le sillage de la Lituanie, l'Estonie s'est dotée en 1988 d'un Front populaire (Eestimaa Rahvarinne) qui apparaît d'abord comme une force se situant entre le Parti pour l'indépendance et le Parti communiste, et qui jouera un rôle essentiel, donnant la priorité aux revendications d'autonomie économique : le Front demande notamment que la terre soit propriété de la République […]
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