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MOUNIER EMMANUEL (1905-1950)

2.  Le personnalisme communautaire

Cependant, Mounier n'est pas un moraliste. Il est convaincu que le mal tient d'abord à une culture qui a fait de l'homme un individu abstrait, coupé des autres et de la nature. Descartes, en fondant l'esprit moderne, a consacré la scission.

Il faut donc « refaire la Renaissance », c'est-à-dire reconstruire un humanisme capable d'intégrer à une civilisation nouvelle toutes les données de l'histoire et des sciences de l'homme. L'axe de cet humanisme, c'est la personne.

Mounier ne conçoit pas la personne comme une entité juridique qu'il faudrait défendre contre la collectivité. Au contraire, le personnalisme tient que la société est dans l'homme, autant que l'homme est dans la société. Par opposition à l'individu, être isolé, pure abstraction, la personne est engagée, dès sa naissance, dans une communauté. Par opposition à l'individu, objet arithmétique, élément d'une masse, la personne est un sujet autocréateur : « Elle est la seule réalité que nous connaissions et que nous fassions en même temps du dedans ; elle se conquiert sur l'impersonnel par un mouvement de personnalisation. » Enfin, par opposition à l'individu, entité close, la personne est ouverte à la transcendance, elle est réponse à une « vocation ». La personne est donc l'homme qui se fonde, mais par la négation même de son individualité, s'ouvrant ainsi à la communauté et à l'univers. « L'homme concret, c'est l'homme qui se donne. »

Ce personnalisme rassemble de nombreux apports, les uns venant du thomisme, les autres de l'existentialisme allemand et de l'idéalisme russe. C'est que, pour Mounier, le conflit du matérialisme et de l'idéalisme est artificiel, comme celui de l'individualisme et du collectivisme ; ce sont des abstractions complémentaires. Le matérialisme exprime une séparation. L'esprit doit rétablir l'union. À l'intérieur d'une ontologie dynamique dont la personne (« mouvement d'être vers l'être ») est le moteur, l'homme retrouvera le contact perdu avec autrui et avec la nature, et les communautés s'ordonneront en une cité orientée, non point vers le confort, mais vers la justice, l'amour et la création.

Ce personnalisme, qui dessine une figure utopique de la civilisation, est pourtant une praxis. Exigeant la transformation personnelle, il pousse à l'engagement : la rencontre avec l'événement viendra révéler et concrétiser la vocation personnelle. Mais il ne se laisse pas absorber dans une philosophie de l'histoire. C'est parce qu'elle reste orientée vers la transcendance que la personne est capable d'agir dans l'histoire sans s'y perdre.

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Pour citer cet article

Jean-Marie DOMENACH, « MOUNIER EMMANUEL - (1905-1950)  », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le  . URL : http://www.universalis.fr/encyclopedie/emmanuel-mounier/

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« MOUNIER EMMANUEL (1905-1950) » est également traité dans :

DOMENACH JEAN-MARIE (1922-1997)
IZARD GEORGES (1903-1973)
PERSONNALISME
Dans le chapitre "Emmanuel Mounier et Maurice Nédoncelle"

 

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