2. Le goût de l'excès
À partir de Géant, la vie privée de la star envahit et brouille son image. Ses rapports avec Richard Burton, souvent marqués par l'alcool, sont particulièrement mis en évidence. Il est vrai que la hargne conjugale, sujet de deux films qu'ils interprèteront ensemble, facilite un tel glissement : Who Is Afraid of Virginia Woolf ? (Qui a peur de Virginia Woolf ?, Mike Nichols, 1966) et The Taming of the Shrew (La Mégère apprivoisée, Franco Zeffirelli, 1967). Si le second tire Shakespeare vers l'exercice de style, l'excès plus tonitruant que baroque, le premier utilise le couple d'acteurs au profit de la pièce d'Edward Albee dans un huis clos aux images serrées. Heureusement, Vincente Minnelli avait offert au couple un film ambitieux, de réconciliation quasi spirituelle, The Sandpiper (Le Chevalier des sables, 1965) où Elizabeth Taylor dévoilait une facette rare de son talent et de sa personnalité.
La médiatisation de la star en ferait oublier en effet l'actrice, à laquelle deux oscars, pour Butterfield 8 (La Vénus au vison, Daniel Mann, 1960) et Qui a peur de Virginia Woolf ?, après trois nominations, ne rendent pas vraiment hommage, même si la force de sa prestation est indéniable. Très tôt, réalisateurs et partenaires de la star sont surpris par un étonnant professionnalisme chez une si jeune actrice au jeu pourtant très instinctif. « [À vingt-six ans,] n'ayant jamais joué ailleurs que dans des films, explique Richard Brooks à propos de La Chatte sur un toit brûlant (A Cat in a Hot Tin Roof, 1958), il lui est très difficile de se donner autant pendant une répétition qu'au cours du plan... Mais que les lumières s'allument, que l'on soit prêt à donner le moteur et bang ! elle est comme un pur-sang sur la ligne de départ. »
Dans tous les cas, Elizabeth Taylor incarne une femme qui domine les hommes par sa sensualité, son dynamisme, sa fierté, son assurance, même lorsque l'échec sentimental clôt le combat, que […]
… pour nos abonnés, l'article se prolonge sur 2 pages…



