
Révolutionnaire et homme d'État irlandais. Fils d'un artiste espagnol et d'une Irlandaise, né aux États-Unis, professeur de mathématiques, membre de la ligue gaélique, Eamon De Valera prend part au soulèvement de Pâques 1916 et n'échappe à l'exécution que grâce à sa double nationalité britannique et américaine. Devenu président du Sinn Fein en octobre 1917, il fait alors de plus en plus figure de chef de file des nationalistes et constitue le premier « gouvernement » irlandais en 1919. Il autorise les négociations avec le Premier ministre britannique Lloyd George (1921), mais, profondément déçu par le statut de dominion et surtout par la division de l'île, combat les accords conclus à la fin de l'année. En janvier 1922, le Dáil (l'Assemblée) ayant ratifié ces accords, De Valera démissionne de la présidence du gouvernement et, mis en échec aux élections de juin suivant, encourage la résistance illégale. En avril 1923, il met fin à une guerre civile sanglante et est emprisonné pendant une année. Libéré, il préconise une forme de lutte constitutionnelle et, devant la résistance de certains de ses amis, crée en 1926 un nouveau parti, le Fianna Fáil ou « Soldats de la destinée ». En 1932, ce parti remporte les élections et De Valera devient le chef du gouvernement : il occupera ce poste sans interruption jusqu'en février 1948 ; il marquera l'histoire de son pays par la dénonciation de toute allégeance réelle à la Couronne britannique, la création d'une citoyenneté irlandaise spécifique, la promulgation d'une nouvelle constitution définissant l'Eire (1937), l'accord de 1938 avec la Grande-Bretagne stipulant l'évacuation des trois bases navales anglaises du sud de l'Irlande, enfin une politique de neutralité pendant la guerre pour protester contre le refus britannique d'envisager une réunification de l'Irlande.
En 1951-1954 et en 1957-1959, il reprendra les rênes du pouvoir dans le cadre de la république proclamée en 1948. En 1959 et en 1966, porté à la présidence de cette république, sans cesser d'exercer une influence certaine sur les affaires publiques, De Valera apparaît de plus en plus comme le symbole d'un nationalisme intransigeant et l'incarnation de l'espérance unitaire. Son âge et une croissante cécité ajouteront au respect dû à une figure déjà historique. En 1973, abandonnant toute activité politique, Eamon De Valera décide de finir sa vie dans un monastère. Il meurt en 1975.
[…]… pour nos abonnés, l'article se prolonge sur 1 page…



