Fils d'une longue lignée d'imprimeurs, Arthur Griffith fut un redoutable journaliste de combat. Sa plume fit plus pour mettre fin à la présence britannique dans le sud de l'Irlande que toutes les révoltes nationalistes du xixe siècle finissant.
Jeune homme, il dévore les écrits des grands polémistes anti-anglais, participe activement à la renaissance littéraire irlandaise et au mouvement gaélique, côtoie les plus grands esprits de son temps : Maud Gonne, William Butler Yeats, James Connolly, Douglas Hyde. En 1897, il quitte brusquement l'Irlande pour le Transvaal où il prend fait et cause pour les Boers acculés à la guerre par l'impérialisme britannique. Après avoir exercé un peu tous les métiers, il regagne Dublin mûri par l'expérience et fermement décidé à réveiller l'ardeur assoupie de ses compatriotes. Avec son ami William Rooney il lance un journal, The United Irishman et commence de répandre une philosophie séparatiste inspirée des enseignements de l'économiste allemand Frederick List et du patriote hongrois Francis Deak. Le peuple irlandais, explique-t-il, peut arracher la mauvaise herbe de la colonisation à condition de ne compter que sur lui-même. Comment ? En boycottant — le mot et la chose n'ont-ils pas été forgés en Irlande ? — le gouvernement, le commerce et la finance britanniques ; en rendant inopérants par la résistance passive les lois et les règlements de ce pays ; en créant parallèlement des institutions nationales qui prendront la place des institutions coloniales contestées. De la sorte l'Irlande obtiendra inéluctablement son indépendance dans le cadre d'un système de « double monarchie » de type hongrois. En 1904, il publie sous le titre La Résurrection de la Hongrie un recueil d'articles qui connaît un vif succès. L'année suivante il fonde une organisation destinée à mettre en œuvre cette politique : le Sinn Fein (« Nous seuls »). Elle attire l'attention des intellectuels, des révolutionnaires et de nombreux nationalistes. Mais après quelques s […]
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