Écrivain marocain francophone, Driss Chraïbi, est né en 1926 à Mazagan, actuelle El Jadida. Fils d'un commerçant aisé d'origine fassie, il entreprend ses études au lycée français de Casablanca. Le baccalauréat obtenu, il part pour Paris où il entame un cycle supérieur en chimie. Il commence sa carrière comme ingénieur mais, lecteur insatiable, il se défie des sciences qui, à ses yeux, détournent de la spiritualité. Commence alors un chemin de croix. Veilleur de nuit, ouvrier, il passe de métier en métier jusqu'en 1954, quand un livre le sort de l'anonymat. Le Passé simple, premier roman de l'écrivain, livre quelques pages sublimes sur ce Maroc à la veille de l'indépendance. La critique universitaire y verra essentiellement une révolte contre le père. Le livre est plus nuancé, malgré une diatribe au vitriol contre certaines traditions jugées archaïques. Si la figure du père est démystifiée, ce « seigneur » n'en fascine pas moins Chraïbi, et l'on comprend a posteriori pourquoi l'écrivain, au soir de sa vie, fera le vœu d'être enterré à Casablanca auprès de lui. Le Passé simple va susciter les soutiens les plus autorisés comme les invectives les plus virulentes.
Les Boucs (1955) situe son action à la périphérie de Paris, au milieu des immigrés. Le romancier dérange cette République dont la devise « Liberté, Égalité, Fraternité » s'arrête aux portes de certains quartiers. Le livre, pourtant féroce, est sans haine et reste dominé par l'irrésistible conquête d'une humanité toujours possible. Chraïbi ne jette pas les hommes les uns contre les autres. L'Âne (1956), De tous les horizons (1958), La Foule (1961) voient le jour comme des récits brefs traversés par une critique sociale acerbe. Curieusement, les universitaires se sont peu intéressés à ces trois livres. Pourtant, L'Âne, par exemple, revêt une dimension mythique et symbolique qui rompt avec la violence présumée des deux précédents romans. Dans leur structure même, les récits qui le composent traduisent la volonté de regarder l'Afrique à tr […]
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