« C'est un Paraclet », a dit de lui Aimé Césaire. « Il y a des vies qui constituent des appels à vivre. » L'œuvre et le nom de Frantz Fanon, après avoir « appelé » l'engagement des existentialistes français dans les années qui ont précédé la décolonisation, et notamment celle de l'Algérie, nourrissent la révolte et les espoirs des « damnés de la terre ». Passionnément lue et commentée dans la communauté noire des États-Unis, l'œuvre du psychiatre antillais n'a pas cessé d'exercer sur les intellectuels du Tiers Monde — spécialement les étudiants — une influence diffuse et une séduction que seuls quelques-uns refusent.
« Allons camarades, il vaut mieux décider dès maintenant de changer de bord. La grande nuit dans laquelle nous fûmes plongés, il nous faut la secouer et en sortir [...]. Il nous faut quitter nos rêves, abandonner nos vieilles croyances et nos amitiés d'avant la vie [...]. Quittons cette Europe qui n'en finit pas de parler de l'homme tout en le massacrant partout où elle le rencontre [...]. » C'est sur ces mots que s'achèvent Les Damnés de la terre (Préface de Jean-Paul Sartre, 1961), dernier essai de Fanon — Fanon meurt quelques mois avant les accords […]
